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Article Face au déclin de la citoyenneté : une autre ambition pour le bénévolat

La nécessité d’une redéfinition de la citoyenneté à travers, notamment, la mise en œuvre d’un processus de développement massif du bénévolat, se fait de plus en plus urgente. Un point de vue argumenté par Jean-Louis Sanchez, délégué national de l’Odas dans le dernier numéro de la revue Administration.

On a longtemps cru que la crise de confiance
(illustrée par une multitude de sondages récents)
de nos concitoyens était principalement
due à la précarisation de l’emploi. Aujourd’hui, on
découvre enfin que d’autres formes de précarité sont
aussi pathogènes : celles des liens sociaux et des repères.

Notre société doit donc s’engager dans une restructuration
complète de notre modèle de société trop
souvent caractérisé par une prégnance des droits et
une ignorance des devoirs. Et, dans cette perspective,
une priorité semble incontournable : celle de la redéfinition
de la citoyenneté à travers, notamment, la
mise en oeuvre d’un processus de développement
massif du bénévolat.

C’est d’autant plus nécessaire que, paradoxalement,
le monde associatif, de même que les services publics
susceptibles d’accueillir des bénévoles, souffrent cruellement
d’un manque de candidats. Certes, on recense
bien 16 millions de bénévoles, soit près du tiers des
Français de plus de 18 ans.Mais, si l’on y regarde de
plus près, seuls 40 % d’entre eux sont des bénévoles
dits « réguliers », parce que disponibles quelques
heures chaque semaine. Les autres ne participent
que ponctuellement à l’organisation d’une fête de
quartier ou d’un événement sportif.

D’ailleurs, bien des associations sont d’ores et déjà
confrontées à d’importantes difficultés. Dans un
contexte de vieillissement de leurs effectifs et d’inflation
bureaucratique, elles peinent à trouver des bénévoles
susceptibles de prendre des responsabilités d’encadrant.
Et dans les secteurs les plus « chronophages », comme
l’est le domaine de la solidarité, les difficultés sont
telles qu’elles menacent les activités engagées.

Il s’avère donc urgent de promouvoir une politique
du bénévolat, inspirée des pays anglo-saxons, où il
peut se déployer sans la moindre entrave ; au point
que l’on s’excuse de ne pas être bénévole quand on
est empêché de l’être.

LE BÉNÉVOLAT AU CŒUR DU SERVICE PUBLIC
Une révolution culturelle qui nécessiterait d’abandonner
certains schémas ancrés dans nos mentalités. Au
XIXe siècle, le bénévole était essentiellement la
personne dévouée qui aidait les plus déshérités… Le
nouveau bénévolat est celui de l’habitant qui agit
bien au-delà des seules actions caritatives, sur tous
les chantiers où son expérience peut servir (social,
éducatif, environnemental…). Il ne se confond ni
avec la charité ni avec la militance. Il est avant tout
une relation d’échange et de réciprocité qui conduit
à une forme d’accomplissement. Il exprime donc,
concrètement, un choix de vie qui fait de l’interdépendance
la condition de son épanouissement.

C’est grâce à cette conception du bénévolat que celui-
ci pourra être étendu aux services publics, dans
une logique de complémentarité avec les professionnels
et s’imposer comme une valeur ajoutée au service
proposé aux usagers, en enrichissant la relation au
public d’une dimension moins formelle et plus spontanée.
D’ailleurs, chaque fois qu’un établissement public a osé associer des bénévoles à son fonctionnement,
l’amélioration de la qualité du service rendu
en a renforcé la fréquentation au point de produire,
par contrecoup, le recrutement de nouveaux salariés.
On est loin du discours convenu selon lequel le bénévolat
serait une manière de combler, à moindre
coût, un service défaillant.

Une réalité qu’il faut faire connaître pour répondre à
ceux qui s’abritent derrière des a priori idéologiques
pour affirmer que le bénévolat
tue l’emploi. On
voit donc bien la nécessité
d’engager un véritable
combat pour ancrer le
bénévolat, non plus seulement
dans le mouvement associatif, mais aussi
dans l’ensemble des administrations et institutions
ouvertes au public.

Serait-il inconvenant, par exemple, de proposer que
250 000 enfants suivis par les services de protection
de l’enfance bénéficient chacun du soutien d’un
référent bénévole ? Tout le monde y gagnerait en
empathie et en efficacité. Plus globalement, l’école
ne pourrait-elle pas devenir l’espace privilégié de
l’accompagnement bénévole ? Une option d’autant
plus souhaitable que l’école ne changera, ne se repositionnera
dans sa vocation éducative que par l’ouverture
sur son environnement et en lien avec toutes
les institutions concernées. Celles-ci pourraient alors
diversifier et multiplier les actions de soutien à la
scolarité et à l’éducation civique, sans adjonction de
dépenses supplémentaires, en s’appuyant sur les compétences
des retraités.

De même, les acteurs associatifs retrouveraient, par
les nouvelles opportunités qu’offrirait l’école, ainsi
recentrée sur le lien social, de stimulantes perspectives
d’action sur l’échange de savoirs, le soutien à la parentalité,
les activités périscolaires. L’école pourrait
ainsi se muer en véritable laboratoire de l’engagement
et entraîner dans son sillage l’évolution du quartier,
de la ville et de ses habitants vers une perception plus
dynamique du vivre ensemble.

Mais, si les raisons de croire en cette profonde
évolution du bénévolat sont bien établies, sa mise en
oeuvre est plus aléatoire. En effet, le bénévolat ne se
décrète pas. Il se cultive dans la proximité.

LE GRAND DESSEIN DE L’ÉLU LOCAL
Bien sûr, l’Etat peut encourager des initiatives comme
celle de France Bénévolat qui soutient les associations
en quête de bénévoles, contribue à leur formation,
les informe de leurs droits. Il peut aussi prendre des
mesures pour faciliter le quotidien des bénévoles (comme le financement d’assurances ou la création
de chèques-repas…). Surtout, il est le seul à pouvoir
mettre en place un service civique pour les jeunes,
comme il l’a fait récemment. Ces inflexions nationales
sont utiles. Mais c’est des élus locaux que l’on peut
attendre l’avènement d’une ère nouvelle pour le
bénévolat. D’abord, leur propre dévouement insuffisamment
reconnu peut servir de référence quand
on veut susciter l’engagement. Ensuite, c’est quotidiennement
et sur les lieux de vie qu’il faut communiquer
sur l’intérêt d’être bénévole. En engageant
des actions avec les écoles, collèges et lycées, mais
aussi avec les entreprises et les caisses de retraite, en
sensibilisant tous les salariés pour qu’ils participent à
cette promotion…

De même, c’est dans la proximité que l’on peut diversifier
l’offre de bénévolat qui ne peut être durable
que s’il est source de plaisir. Trop d’acteurs de terrain
font aujourd’hui le constat absurde que coexistent
des initiatives qui périclitent faute de bénévoles, et
des bénévoles potentiels qui ne parviennent pas à
identifier le bon projet
pour s’investir. Seules les
collectivités locales disposent
d’une vision globale
des besoins du territoire
pour pouvoir définir
une palette d’activités
suffisamment large pour offrir le plus grand choix.
Pourtant, il est assez rare qu’elles prennent la mesure
de l’enjeu et que cela aboutisse à la mobilisation de
l’ensemble de leurs équipements et services, tant
pour recenser les besoins que pour promouvoir le
bénévolat et repérer les bénévoles potentiels. Ainsi,
par exemple, les services techniques des villes (parcs
et jardins, voirie, mobilier urbain…) ne sont jamais
sollicités dans ce sens, alors qu’ils pourraient renforcer
le lien avec les familles par la distribution de prospectus,
la réalisation d’enquêtes…

C’est vrai aussi des services consacrés au sport, à la
culture, au social, aux requêtes administratives, à la
police municipale, qui pourraient être davantage mis
à contribution pour attirer dans leur sillage leurs
divers partenaires (entreprises, caisse de protection
sociale, administrations diverses…). Avec comme
perspective d’aboutir à la création dans chaque ville
d’un espace de rencontre, véritable « maison de la
Fraternité » animée par des habitants et des associations
pour orienter et accompagner les personnes dans la
construction d’un parcours bénévole en adéquation
avec leurs envies et les besoins du territoire.

En attendant, il serait à tout le moins nécessaire de
redéfinir la vocation des forums locaux et des événements
similaires organisés par les villes pour
faire connaître le monde associatif. On y promeut
surtout des prestations de services, alors qu’ils devraient
d’abord servir à valoriser l’engagement. Faisons
des Forums des associations des « Forums des associations
et du bénévolat ».

De même qu’il serait possible d’imaginer une bonification
des subventions aux associations, en fonction
du dynamisme du bénévolat en leur sein. Une
manière de souligner que le soutien à la vie associative
et le soutien au bénévolat ne peuvent être dissociés,
car ils constituent les deux portes d’entrée d’une
même politique d’encouragement à la citoyenneté.
Cela peut paraître ambitieux, mais l’urgence des
transformations sociales appelle aujourd’hui la redéfinition
de la plupart des règles du jeu concernant
non seulement l’action publique, mais aussi l’action
associative.

Ce n’est qu’à ces conditions que notre pays restaurera
la confiance envers les institutions et s’attaquera ainsi
efficacement à la déliquescence du vivre ensemble.
_


NOTES

i Ainsi, une étude menée par l’Observatoire de l’action sociale (ODAS) à
Tournon-sur-Rhône (Ardèche), auprès d’un échantillon représentatif de la
population, montre sans ambiguïté l’existence d’un potentiel important
d’adultes et de jeunes disponibles mais non sollicités : « Le bénévolat à
Tournon-sur-Rhône et à Tain-L’hermitage », 2007 ; résultats disponibles sur www.odas.net.
ii Centre d’analyse stratégique, « Développer, accompagner et valoriser le bénévolat », Note d’analyse n° 241, septembre 2011.
iii Au Québec par exemple, parce que la demande de portage de repas par les personnes âgées correspondant avant tout à un besoin de relations sociales, les repas sont systématiquement distribués avec le concours de bénévoles, qui peuvent prendre le temps de l’écoute.
iv La création du service civique en 2010 sous l’impulsion de Martin Hirsch devrait concerner plus de 20 000 jeunes et servir de champ d’expérimentation pour un projet beaucoup plus significatif qu’il faudrait rapidement oser concrétiser : la mise en oeuvre d’un service civique obligatoire pour tous les jeunes.

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