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Décryptage Le développement social pour tous ceux qui n’y croient pas - 1re partie

C’est dans l’air du temps, une multitude d’organisations font dorénavant référence au développement social comme enjeu central d’une restructuration de notre modèle de solidarité. Pour l’Odas et son partenaire presse Le Journal de l’action sociale, qui n’ont cessé de militer depuis leur création pour ce scénario, c’est bien évidemment une source d’encouragements.
Mais, c’est aussi une source de préoccupations car le développement social, dans une période d’engouement, peut perdre son âme. C’est pourquoi, dans l’optique d’une publication à venir sur le sujet, il a paru nécessaire au Journal de l’action sociale, en partenariat avec l’Odas, de consacrer sa rubrique Décryptage des cinq prochains numéros au développement social (voir les thématiques à venir en fin d’article). Pour éviter que ceux qui seraient tentés d’en faire un nouveau dispositif, faute d’en appréhender l’importance, n’aient plus le prétexte de dire “nous ne le savions pas”.



Toutes les enquêtes d’opinion aboutissent aux mêmes conclusions. Notre cohésion sociale est dorénavant menacée par une crise de confiance qui s’exprime à l’égard des autres et de l’avenir. S’ajoutant à la précarisation de l’emploi, la précarisation relationnelle (absence de vie sociale, de rôle social) favorise l’extension d’une crise identitaire qui accroît le risque d’exclusion à tous les âges de la vie. Cela est vrai évidemment des adultes concernés par l’instabilité de l’emploi. Mais cela concerne également les plus jeunes, avec une progression du nombre d’enfants en danger qui résulte principalement de l’isolement social des familles. Sans oublier nos aînés de plus en plus souvent confrontés à la perspective d’une mort sociale faute de projet. Notre société vieillit, sans être capable de mobiliser toutes les expériences acquises par les plus âgés pour aider les plus jeunes et éloigner ainsi le risque inquiétant d’un
conflit des âges.
Dès lors, les pouvoirs publics ne doivent pas seulement s’attacher à préserver les capacités d’intégration de publics ciblés. Face à une vulnérabilité de plus en plus étendue, il va falloir non seulement repenser le rapport à des publics plus nombreux et aux besoins nouveaux, mais aussi s’attacher au développement de politiques de prévention des exclusions sociales sous toutes leurs formes, et en direction de tous les publics. Il s’avère alors évident que l’action sociale réparatrice ne peut suffire et que les politiques sociales ne peuvent assumer, seules, cette lourde tâche. L’enjeu est alors celui de la mobilisation des acteurs et des organisations de proximité et notamment des collectivités locales, en vue de la revitalisation du capital social de chaque territoire. C’est toute l’ambition du développement social dont le concept n’est pas nouveau, mais qui a été essentiellement usité jusqu’à présent dans la politique de la ville, après avoir été expérimenté en territoires ruraux.

Quelques mots d’histoire
Sur ce point, il serait particulièrement injuste de ne pas rappeler que le développement social a été initié en France par la Mutualité sociale agricole (MSA), en s’inspirant notamment d’une méthode venue du Brésil et répandue par Paolo Freire. Il s’agissait d’accompagner la grande révolution du monde agricole des années 1970 en suscitant une multitude d’actions collectives aptes à préserver des liens et des repères auprès de cette population confrontée à la brutalité du changement. Une démarche engagée à leur tour par les maires des nouvelles agglomérations eux aussi
confrontés à une population déracinée, et donc demandeuse d’un engagement global de la collectivité sur le terrain du vivre-ensemble. C’est de cet engagement de quelques maires emblématiques comme Hubert Dubedout à Grenoble et Gilbert Bonnemaison à Épinay-sur-Seine, qu’est né le rapport depuis lors indissociable entre politique de la ville et développement social.
C’est en effet avec la mise en œuvre du développement social des quartiers (DSQ), en 1983, comme réponse volontariste à l’appauvrissement social et civique des quartiers dits en difficulté que le développement social trouve en France sa première déclinaison officielle. On demande aux professionnels du DSQ de s’appuyer sur les habitants et les acteurs locaux pour faire émerger et mener à bien des projets de développement collectif, dont le financement est assuré essentiellement
par l’État. Cette approche du développement social mise en œuvre à partir d’orientations nationales par des professionnels spécialisés et des financements particuliers, a ainsi profondément marqué la conception française du développement social.
D’ailleurs, avec l’instauration de dispositifs nouveaux en matière sociale (revenu minimum d’insertion ou fonds de solidarité pour le logement notamment) susceptibles de renforcer l’impact de la politique de la ville, le DSQ va devenir le développement social urbain (DSU) dont la perspective, cette fois-ci encore plus affichée, est de mixer trois axes
d’intervention : le quartier, les publics prioritaires et les dispositifs d’insertion. Et parce que l’on craint la stigmatisation des quartiers concernés, le DSU préconise que la démarche soit construite à l’échelle de l’agglomération, mais sans réussir toutefois à combiner l’approche territoriale et l’approche sociale. En pratique, les acteurs de la politique de la ville s’appuient peu sur les politiques de droit commun et réciproquement. Et même si des évolutions se dessinent avec l’entrée des conseils généraux dans la politique de la ville, le rapport du versant humain de la politique de la ville au territoire n’a toujours pas trouvé son cadre conceptuel.
Un échec qui s’explique principalement par la difficulté d’insérer dans la définition des réponses sociales une vision anthropologique de la question sociale avec ses trois dimensions, économique, relationnelle et identitaire. Mais un échec qui s’explique aussi par le niveau d’exigence qu’appelle le développement social dans sa définition originelle qui refuse
toute référence à des publics ciblés, à des réponses spécifiques, à des
compétences particulières. Le développement social n’est pas un nouveau dispositif social.
Il importe alors de proposer une définition du développement social qui permette à l’ensemble des acteurs locaux de s’y référer pour établir un diagnostic, des orientations et des objectifs.

Les premiers éléments d’une définition
En effet, le développement social est d’abord et avant tout une posture qui s’inspire d’une éthique faite d’empathie et d’altérité. Une posture qui entraîne nécessairement la prévalence de la prévention sur la réparation, de l’opportunité sur la difficulté, de l’ascendant sur le descendant.
Dans ce cadre-là, le développement social peut alors être défini comme une nouvelle conception de l’action publique visant à irriguer l’ensemble des politiques locales (décentralisées et déconcentrées) d’une aspiration volontariste à la reconstruction des liens sociaux. Mais aussi comme une nouvelle pratique d’intervention sociale favorisant l’implication de tous les acteurs locaux dans le développement d’initiatives (culturelles, éducatives, festives, sportives…) aptes à renforcer la solidarité de droit par une solidarité d’implication, à transformer la citoyenneté passive en une citoyenneté active.
C’est à ce prix qu’on pourra s’éloigner d’une logique de dispositifs au profit d’une logique d’intégration des populations fragilisées non seulement par la précarité matérielle ou la différence culturelle, mais aussi par l’âge, le handicap ou encore l’isolement.Il ne s’agit plus seulement d’accompagner les personnes en situation de précarité par la voie d’actions individuelles ou collectives, mais bien de s’appuyer sur l’ensemble des forces vives d’un territoire pour en renforcer la cohésion.
C’est donc bien d’une approche globale dont il s’agit et qui doit tout naturellement être complétée d’une approche locale. Alors que, par définition, le dispositif provoque un mouvement descendant, du politique vers l’usager, le développement social s’inspire au contraire d’une logique ascendante où le terrain (acteurs, usagers et habitants) nourrit les choix politiques. Aussi, en mettant en avant la notion de territoire comme
espace de projets partagés, le développement social peut-il enraciner le lien social, non pas dans une communauté d’origine (ethnique, religieuse), mais dans une communauté d’avenir. On retrouve alors l’esprit du pacte républicain donnant à la liberté et l’égalité une finalité, celle de construire un vivre-ensemble plus fraternel. ■

DÉVELOPPEMENT SOCIAL ET FRATERNITÉ : UN MARIAGE DE RAISON
La solidarité est aujourd’hui en France principalement l’expression juridique de l’engagement de la société envers les plus fragiles. Elle a évolué profondément en passant de l’assistance à la reconnaissance de droits, qui s’est amplifiée tout au long du XXe siècle. Et ces vingt dernières années, le mouvement s’est poursuivi avec la mise en oeuvre du revenu minimum d’insertion, de la couverture maladie universelle, de l’allocation personnalisée d’autonomie ou de la prestation de compensation du handicap.
Cette évolution traduit d’abord la reconnaissance par la société de sa responsabilité dans le développement des processus d’exclusion. Elle a en outre conforté le sentiment d’appartenance à une communauté de projet, au détriment du communautarisme. En effet, l’homme délaissé risque de se laisser enfermer dans un groupe prédéterminé parfaitement étanche au reste de la société. C’est pourquoi, chaque avancée sociale doit être saluée, non seulement pour la réponse qu’elle apporte aux personnes en difficulté, mais aussi parce qu’elle contribue à la cohésion de la société.
Mais aujourd’hui cette solidarité ne peut suffire. Les enjeux sociaux ne se résument pas à des questions de droits. L’isolement, la solitude et l’absence de repères condamnent les dispositifs sociaux, si ingénieux soient-ils, à l’impuissance si la société ne retrouve pas sa capacité à intégrer.
C’est donc bien la question de la relation à entretenir entre l’individuel et le collectif, entre l’autonomie et l’interdépendance, qui est au coeur de la question sociale. Ce qui donne en fin d’analyse tout son sens à la devise républicaine, faisant de la fraternité l’aboutissement de la liberté et de l’égalité, en invitant tous les acteurs locaux à s’engager dans une logique de développement social au service du vivre-ensemble.


Les publications de l’Odas traitant du développement social
Cliquer sur le titre pour plus d’infos

> Cahier de l’Odas - Recherche action « Les villes et le lien social » - Juin 2013
> Lettre de l’Odas - « Les villes et le vivre ensemble. Enquête sur les priorités politiques et stratégiques des villes de plus de 30.000 habitants » - Mai 2013
> Lettre de l’Odas - « Développement local et performance sociale : Où en sont les Départements ? » - Novembre 2010
> Les Cahiers de l’ODAS - « Développement social local : Les voies de l’action au service du changement » - Juin 2007
> Lettre de l’ODAS - « Les maires et le vivre-ensemble - Les nouveaux contours de l’action municipale en matière de solidarité » - Avril 2007
> Rapport de l’ODAS - « Travail social et développement social : La formation initiale au coeur du changement » - Novembre 2002
> Ouvrage « Décentralisation : de l’action sociale au développement social - Etat des lieux et perspectives » - 2001
> Les Cahiers de l’ODAS - « Les Maires et le lien social » - Novembre 1998
> Les Cahiers de l’ODAS - « Pouvoirs locaux : vers une nouvelle réponse sociale » - Octobre 1997

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