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Lettre de l’Odas - « Les villes et le vivre ensemble. Enquête sur les priorités politiques et stratégiques des villes de plus de 30.000 habitants » - Mai 2013

Fortement engagé depuis sa création dans la promotion du développement social, l’Odas s’est attaché dès 1993 à mener des enquêtes auprès des grandes villes, visant à identifier la manière dont les maires conçoivent le « vivre-ensemble » et les leviers dont ils disposent pour le renforcer. Ce qui permet de mieux cerner leurs organisations internes et leur collaboration avec les organismes extérieurs.

Si l’état est indiscutablement le mieux à même de produire des réglementations aptes à favoriser la cohésion sociale, la création d’un climat de confiance et de solidarités de proximité entre les habitants ne peut être que l’affaire du local. Une tâche qu’il faut maintenant mener dans un contexte de crise que la plupart des observateurs n’hésitent plus à qualifier de crise sociétale, car elle n’est plus seulement de nature économique, elle est aussi relationnelle et identitaire : fragilisation de l’individu face au monde du travail, accroissement de la solitude et de l’exclusion et perte de repères contribuent à une véritable atomisation du tissu social.
Face à cette hausse des périls d’un nouveau genre, l’émergence de la notion de vivre-ensemble dans le débat public est encourageante. D’autant plus qu’elle débouche sur un concept plus opérationnel et de plus en plus usité par les professionnels : celui de « développement social »*. Il s’agit pourtant d’une démarche particulièrement exigeante puisqu’elle vise pour revitaliser liens sociaux et solidarités naturelles à la mobilisation de l’ensemble des politiques publiques bien au-delà des politiques sociales et à l’implication réelle des divers acteurs locaux des territoires concernés (institutions, professionnels et habitants).
La démarche va donc concerner l’ensemble des collectivités locales, mais plus spécifiquement les communes en milieu urbain. En effet, si depuis la première vague de décentralisation (1984) puis la seconde (2004), les conseils généraux sont fortement mobilisés pour la protection des publics vulnérables quels que soient les territoires, leur intervention s’avère plus aléatoire en zone urbaine, lorsqu’il s’agit de s’adresser à toute la population pour éviter l’émiettement du tissu social.
En effet, les villes sont généralement mieux outillées pour agir sur ce terrain-là, grâce à leurs politiques sociales, confortées par toutes leurs autres politiques (culture, sport, jeunesse, habitat, transports, etc.). De plus, la forte légitimité des maires auprès des habitants leur permet d’agir plus directement sur la performance de l’engagement civique des habitants. Autrement dit, en zone urbaine, rien de déterminant ne peut se faire sur le terrain du développement social sans les villes, à condition bien évidemment qu’elles y associent leurs partenaires traditionnels que sont les Départements, les caisses d’allocations familiales, les centres sociaux, et de façon plus générale, le monde associatif et les habitants.

*« Développement social » : mode de traitement territorial visant au maintien actif dans notre société des populations fragilisées non seulement par la précarité matérielle ou la différence culturelle, mais aussi par l’âge, le handicap, l’isolement, etc. Cette approche pourrait être définie comme une nouvelle réponse publique visant à irriguer l’ensemble des politiques publiques d’une aspiration volontariste à la reconstruction du lien social. Il ne s’agit pas seulement d’accompagner des familles en situation de précarité par la voie d’actions collectives, mais bien de s’appuyer sur l’ensemble des forces vives d’un territoire pour en renforcer la cohésion. Ainsi, cette référence forte au territoire permet-elle d’enraciner le lien social dans une communauté de projet.

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