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Colloque Odas PONTIVY : Lancement d’une société réconciliée

Le 22 janvier, la ville de Pontivy accueillait un colloque baptisé « Les Maires et le lien social », organisé par la Conférence des Villes de Bretagne et par l’Observatoire national de l’action sociale (Odas). Retour d’expérience.

Le lien social ne se décrète pas, il se tisse.. On ne légifère pas sur la question sociale, on tente de secréter, voire de provoquer les événements, si modestes soient-ils, qui favoriseront le lien social, sans jamais se considérer exonéré du problème. D’ailleurs, les élus des territoires, quelle que soit leur taille, sont majoritairement conscients de leur responsabilité pour promouvoir et faciliter les rapports entre les personnes : familles, voisins, amis, relations diverses avec les membres de la communauté de vie. Un engagement qui s’est encore vérifié avec le succès du colloque de Pontivy (Morbihan), intitulé “Les maires et le lien social” organisé mercredi 22 janvier 2014 par la Conférence des villes de Bretagne et par l’Observatoire national de l’action sociale (Odas).

Le lien social : envers et contre tout
Or, le pari n’était pas gagné : non que les élus bretons soient à cent lieues de ces préoccupations, mais comme partout en France, ils sont confrontés à tant d’obligations et de contingences administratives, économiques, f inancières, politiques et autres que leur volonté peut en être ébranlée. D’autant que le “vivre ensemble”, comme on dit, n’est pas vraiment quantifiable et qu’il est difficile à évaluer de manière
précise.
Ce mercredi pourtant, sous un ciel bleu quoiqu’hivernal, ils étaient une petite centaine à s’engouffrer dans le vaste “Palais des Congrès” de Pontivy, étonnant bâtiment moderne faisant un drôle de contraste avec le massif château médiéval de cette jolie cité bretonne, situé pres que en face. Dans l’une des vastes salles, s e sont enchaînés conférences et débats, le tout entrecoupé d’un buffet chaleureux au cours duquel on pouvait discuter en aparté avec tel ou tel élu, et surtout mesurer la réelle envie exprimée par chacun d’avancer sur ce thème du lien, mais aussi de la difficulté à mettre en œuvre des chantiers concrets pour y parvenir. Dès le début de la matinée, Michel Bihan, président de la Conférence des villes de Bretagne, a commencé
par un constat sous forme de revue de presse, mettant en exergue le fait que les Français ne sont pas satisfaits de leur quotidien. Selon les sondages, “ils apparaissent plus pessimistes que les Afghans ou que les Irakiens”, précisait-il, indiquant par ailleurs qu’ils s’enfoncent
dans la dépression collective et ont désormais pour devise républicaine “Liberté, égalité, morosité”. Aussi, le président breton a-t-il appelé à ne pas se laisser envahir par ces sombres enquêtes, pointant du doigt le formidable exemple donné par la ville de Quimperlé submergée par les eaux où les habitants, à cette occasion, ont fait preuve d’un magnifique esprit de solidarité. Comme quoi le lien social commence peut-être lorsqu’on ne peut pas s’en passer, à moins de se retrouver la tête sous l’eau.

Les maires en première ligne
Jean-Louis Sanchez, délégué général de l’Odas, a mis ensuite toute sa conviction à démontrer que la personne du maire a un rôle absolument primordial à jouer pour faire bouger les lignes. Car tout ne dépend pas des politiques à l’échelon national, mais aussi des citoyens, à commencer par leurs représentants les plus proches. Citant la question de la protection de l’enfance, Jean-Louis Sanchez a estimé qu’il fallait, par exemple, investir l’école, pourquoi pas en y faisant entrer des retraités, des travailleurs sociaux, des gens aux compétences diverses afin de compenser certaines carences observées notamment auprès des familles déstructurées. Une évolution qui nécessiterait que la France se réveille sur l’éthique.
Il s’agirait autrement dit de “redonner toute sa valeur au mot de fraternité” en rejetant de ce fait cette idée rampante de “morosité”. Autre idée capitale qui change la donne habituelle, les personnes ayant entre 60 et 80 ans ont bien plus besoin d’aider que d’être aidées : manière évidente de se sentir utile, partie prenante de la société. “Attention au processus de mort sociale : il faut retrouver de l’utilité, de la reconnaissance. Nous sommes en train de perdre cette dynamique !”, a alerté le délégué général de l’Odas. La précarité des liens entraînant la précarité des repères, c’est donc désormais la construction d’un nouveau contrat social qu’il s’agit d’initier.
“On ne pourra le faire qu’avec les maires et les pouvoirs publics. Les prochaines élections municipales se joueront sur ce contrat”, a-t-il parié.

De nouveaux réflexes
De la table ronde qui a suivi cette intervention, on aura retenu la remarque pertinente de Ronan Le Delezir, conseiller municipal d’une commune rurale, lequel observe qu’il est de plus en plus difficile d’assurer “l’unité locale”, autrement dit, que l’individualisme est entré dans toutes les interstices de la population. Mais autour de lui, d’autres observateurs engagés dans l’action municipale, ont clairement démontré que c’est bien à ce niveau que tout peut commencer à changer, par exemple en s’appuyant sur “l’économie encastrée” (c’est-à-dire les commerçants et artisans de proximité), en soignant son cadre de vie pour mieux se construire soi, et du coup mieux “co-construire”, en favorisant le rapport émotionnel avec son territoire ou en faisant la fête des voisins, pas une fois dans l’année, mais tous les jours : manière de dire qu’il est préférable de privilégier la confiance dans son voisinage, et non d’abord la suspicion.
On pouvait se demander, à certains moments de ce colloque visant à déclencher de nouveaux réflexes, si tout cela, au fond, n’était pas un peu vain, face à l’inertie et à la défiance générale envers le politique. Didier Lesueur, délégué général adjoint de l’Odas, qui ouvrait les travaux de l’après-midi, a secoué les participants en les incitant “à accélérer pour renverser la vapeur”. Dès lors, il n’est plus question d’administrer nos cités selon une gestion de “père tranquille”, mais il est plus que temps d’“orienter tous les efforts sur le tissage du lien social” et non plus seulement en fonction des seuls critères économiques. Et Didier Lesueur d’insister : “Le vivre ensemble, c’est une notion transversale. Ce n’est pas un sujet isolé des autres. Il s’agit d’aligner chaque politique sur la question du lien social”. Pour ce faire, les élus une fois en place ne peuvent plus décider seuls de tout sous prétexte qu’ils ont été choisis par la population. La démocratie
représentative ne suffit plus : il faut qu’elle soit aussi participative : seule façon de mettre les citoyens dans le coup, qu’ils se sentent impliqués. “Chaque projet doit repasser sous le crible des citoyens”, a rêvé tout haut l’homme de terrain de l’Odas qui connaît sur le bout des doigts son monde d’élus locaux, et donc qui mesure bien l’énorme effort de créativité à fournir.

Écouter avant d’agir
Dans l’univers idéal tel qu’on pouvait l’imaginer lors de cette rencontre, il est une vertu primordiale, celle, peut être, qui fait le plus défaut actuellement dans ce monde de communication à tout va, c’est l’écoute. Savoir écouter avant d’agir. La deuxième table ronde de cette journée aura tourné autour de ce vaste sujet. Brigitte Dufour, une élue du Havre venue en voisine (car pas moins de 30000 Bretons habitent cette ville du Nord), Luc Foucault, maire de la commune
de Séné, ou encore Marie-Claire Diouron, première adjointe au maire de Saint-Brieuc, tous ont insisté sur la nécessité de créer des rapports véritablement humains avec les citoyens. Programme urbain, programme humain : les grandes décisions de rénovation urbaine sont bien sûr nécessaires, mais cela ne peut pas se faire sans l’écoute respectueuse de tous et de chacun pour qu’ils s’engagent à leur tour. Une recommandation sans doute aussi valable pour les plus modestes décisions. Au terme de cette journée à Pontivy, les uns et les autres auront sans doute l’envie accrue de se rapprocher davantage de leurs administrés, de mieux saisir ce que ces derniers peuvent apporter à la collectivité et surtout ce qu’ils attendent vraiment.
À quoi sert-il d’administrer une ville ou un village si ce n’est pour faire que les habitants de ces villes et de ces villages soient heureux de vivre justement là et pas ailleurs, et avec d’autres ? Autrement dit, le lien social ne devrait jamais être considéré comme secondaire, mais toujours comme prioritaire, irriguant toutes les actions entreprises pour la collectivité. ■

En savoir plus

>>Écouter l’interview du délégué général de l’Odas sur le sujet accordé à RCF Sainte-Anne.

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